Brouillard mental en périménopause : quand l’estradiol varie
Par Claudia Therrien
Chercher ses mots, perdre le fil d’une conversation, relire plusieurs fois la même phrase… En périménopause, ces difficultés peuvent accompagner les changements hormonaux. L’estradiol 17β, une hormone qui agit aussi dans le cerveau, fait partie de l’explication.
Des variations hormonales avant la fin des règles
En périménopause, l’activité des ovaires devient moins régulière. L’estradiol 17β (le principal œstrogène produit par les ovaires pendant la vie reproductive) peut connaître des hausses importantes, suivies de baisses. Il ne s’agit donc pas simplement d’une diminution lente et constante.
Au fil de la transition, les périodes de faible production deviennent plus fréquentes, avant que les concentrations s’établissent généralement à des niveaux plus bas après les dernières règles. Les recherches de la cohorte SWAN montrent plusieurs trajectoires : certaines femmes connaissent une hausse avant une diminution marquée, tandis que d’autres présentent une baisse plus progressive. [1]
Ces changements commencent avant l’arrêt définitif des règles. Il est donc pertinent de considérer la dimension hormonale lorsqu’une femme en périménopause remarque que sa mémoire ou sa concentration ne fonctionne plus comme auparavant.
L’estradiol agit aussi dans le cerveau
L’estradiol ne concerne pas uniquement les cycles menstruels. Le cerveau possède des récepteurs à cette hormone, notamment dans l’hippocampe, important pour la mémoire, et dans des régions frontales qui participent à l’attention et à l’organisation de la pensée.
L’estradiol contribue à la communication entre les neurones, à la plasticité des connexions et à la régulation du métabolisme énergétique cérébral. Ses variations et sa diminution peuvent donc participer aux difficultés cognitives ressenties pendant la transition ménopausique. [2, 3]
Une hypothèse biologique est que les réseaux cérébraux sensibles à l’estradiol doivent s’adapter à une stimulation hormonale devenue moins régulière. Cela aide à comprendre pourquoi la périménopause peut s’accompagner d’une impression de ralentissement mental, même lorsque les règles sont encore présentes. [2, 3]
Le sommeil perturbé, l’anxiété, les symptômes dépressifs et le stress peuvent également s’y ajouter. Dans l’étude de 2023, le lien entre les changements hormonaux et certaines mesures cognitives demeurait après prise en compte du sommeil, des symptômes dépressifs et des symptômes vasomoteurs. [2, 6]
Un lien observé entre hormones et fonctionnement cognitif
Une étude publiée en 2023 a suivi 43 femmes en transition ménopausique pendant douze semaines, avec des mesures hormonales répétées et des évaluations cognitives.
Chez une même femme, des niveaux plus élevés d’un marqueur urinaire des œstrogènes étaient associés à de meilleures performances dans certaines mesures d’attention et à moins d’oublis rapportés dans la vie quotidienne. Cette étude soutient l’existence d’un lien entre les changements hormonaux et certaines difficultés ressenties. [2]
Les travaux d’imagerie de Lisa Mosconi apportent une autre pièce au dossier : chez 54 femmes de 40 à 65 ans, la disponibilité des récepteurs cérébraux aux œstrogènes différait selon le stade de la transition et certaines mesures étaient associées à la mémoire. Le cerveau participe lui aussi à cette transition hormonale. [3]
L’estradiol 17β constitue une piste concrète
Des études ont observé des résultats favorables avec l’estradiol.
Dans un essai randomisé portant sur 52 femmes en périménopause ou récemment ménopausées, douze semaines d’estradiol transdermique ont réduit certaines erreurs pendant un exercice de rappel verbal par rapport au placebo. Les chercheurs ont également observé une modification de l’activité des régions frontales impliquées dans les tâches étudiées. Le bénéfice cognitif mesuré n’était pas expliqué par l’amélioration du sommeil. [4]
Plus récemment, une étude canadienne publiée en 2025 a analysé les données de 7 251 femmes ménopausées. Les utilisatrices d’estradiol transdermique présentaient de meilleurs résultats de mémoire épisodique (la mémoire des informations et des événements vécus) que les femmes n’ayant jamais utilisé d’hormones. Cette association encourageante mérite d’être approfondie. [5]
Certaines études montrent que l’estradiol transdermique peut améliorer des aspects précis de la mémoire. Ces résultats sont encourageants pour mieux prendre en charge les difficultés cognitives à cette période de la vie. [4, 5]
Prendre le brouillard mental au sérieux
Lorsqu’une difficulté de concentration apparaît avec les changements du cycle, les sueurs nocturnes ou les nuits interrompues, la dimension hormonale mérite d’être examinée dès la périménopause.
Le sommeil, l’humeur et d’autres facteurs peuvent également contribuer aux difficultés. Les considérer ensemble permet de mieux comprendre ce que vit chaque femme et d’examiner les solutions, notamment les hormones bioidentiques lorsqu’elles correspondent à sa situation.
Le brouillard mental mérite une explication et une prise en charge. Les connaissances sur l’estradiol et le cerveau donnent des raisons concrètes de poursuivre cette discussion.